Des personnes prient pour les 92 migrants morts de soif dans une mosquée à Niamey (Niger), le 1er novembre 2013. (BOUREIMA HAMA / AFP)
Des personnes prient pour les 92 migrants morts de soif dans une mosquée à Niamey (Niger), le 1er novembre 2013. (BOUREIMA HAMA / AFP)

Dans le courant du mois d’octobre, 92 personnes issues d’un groupe de migrants comprenant 113 personnes sont mortes de soif dans le désert, près de la frontière qui sépare le Niger de l’Algérie. Le groupe était essentiellement de ressortissants nigériens, pour la plupart issus d’une localité proche de Zinder, Kantché, dans le centre-sud du pays. Ces personnes auraient anticipé les effets d’une récolte médiocre. La majorité du groupe était composée de femmes et d’enfants, ainsi 52 enfants, 33 femmes et 7 hommes ont-ils péris. Le bouleversant témoignage de la petite Shafa, une rescapée de 14 ans qui a vu périr plusieurs membres de sa famille, donne une idée du calvaire enduré. Camion transportant le groupe qui tombe en panne pendant 24 heures, début du manque d’eau, découverte d’un puits pratiquement asséché, premières personnes qui décèdent, camion bloqué à la frontière algérienne, demi-tour des passeur, autres décès, empoignades pour le reste d’eau, chemin du retour à pied, puis plus loin des véhicules qui évitent soigneusement le groupe…

Généralement, les migrations de travail des Nigériens qui partent vers le Maghreb se destinent plutôt à la Libye. Ici, compte tenu de la sociologie du groupe et de la route empruntée, il s’agissait très certainement de personnes s’apprêtant à aller pratiquer la mendicité dans certaines villes algériennes.

Les autorités nigériennes ont annoncé le 1er novembre un deuil national de trois jours, leurs efforts pour arrêter les responsables de cette tragédie, ainsi qu’une vaste campagne de démantèlement des réseaux. Première manifestation de cette réaction, les autorités décident de fermer les campements de candidats ouest-africains à la migration vers le bassin méditerranéen, appelés les « ghettos », qui se trouvent à proximité de la ville d’Agadez, la grande ville du nord du Niger et grand carrefour de tous les trafics. Le Monde, citant des estimations de l’ONU, affirme que « près de 5 000 migrants ouest-africains, dont de nombreux Nigériens, ont transité chaque mois entre mars et août 2013 par Agadez ».

Alain Antil

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