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Carte des principaux projets mentionnés © Camille Niaufre

Coup sur coup, dans la même semaine, deux projets de grande envergure dans le secteur des énergies renouvelables en Éthiopie ont été annoncés. Peu couverts par les grands médias internationaux, ces deux projets font pourtant partie d’une ambition affichée de l’Éthiopie de développer à grande vitesse ses énergies renouvelables.

Éolien

D’abord, le samedi 26 octobre, une immense ferme éolienne de 120 MW de puissance installée, a été inaugurée en grande pompe à Ashegoda (région du Tigray, Nord du pays). Les 84 éoliennes, installées sur un terrain de 100 km², en font la première installation de ce type de toute l’Afrique subsaharienne et sont supposées alimenter en électricité pas moins de 3 millions d’Éthiopiens. C’est une PME françaises appelée Vergnet qui a réalisé le projet à la suite d’un appel d’offres international, avec une sous-traitance partielle à Alstom. Areva est intervenue en tant que prestataire pour le raccordement au réseau de distribution. Coût d’investissement total du projet : 210 millions d’euros, largement financés par  l’Agence française de développement et plusieurs banques françaises.

La ferme d'Ashegoda compte 84 turbines installées sur 100 km2. © Reuters
La ferme d’Ashegoda compte 84 turbines installées sur 100 km2. © Reuters

La ferme d’Ashegoda complète un parc éolien déjà fonctionnel, avec notamment depuis 2011 la ferme d’Adama (51 MW de puissance installée), financée en grande partie par des investisseurs chinois. L’Éthiopie envisagerait encore l’équivalent de pas moins de 3000 mégawatts de projets éoliens dans les années à venir.

Géothermie

La seconde annonce a concerné la construction de la plus grande centrale de géothermie du continent africain, d’une puissance finale de 1 GW. Elle produira ses premiers mégawatts à partir de 2015. A terme, l’Éthiopie deviendrait le second pays africain, après le Kenya, producteur d’énergie géothermique. Le chantier, nécessitant plus de 4 milliards de dollars de fonds dans sa première phase, a été confié à la société islandaise Reykjavik Geothermal. Le rôle majeur qui y est accordé au secteur privé est une expérience pionnière dans une Éthiopie encore dominée par une économie d’État.

Hydraulique

Ces deux projets s’inscrivent dans une ambition de diversification du portefeuille énergétique du pays, qui repose aujourd’hui à près de 90 % sur l’hydroélectricité. Éolien et hydroélectricité se complètent particulièrement bien grâce à l’alternance de la saison sèche particulièrement venteuse et de la saison des pluies gonflant les cours d’eau.

La construction, commencée en mai 2013, de l’emblématique Barrage de la Renaissance sur le Nil bleu dans l’est du pays, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière soudanaise, est tout aussi pharaonique et nécessite à elle seule 3,6 milliards d’euros. Si cet immense chantier, financé exclusivement par les fonds publics nationaux, s’achève sans encombre, il sera capable de produire à partir de 2018 près de 6 GW d’électricité, et devenir la deuxième plus grande centrale hydroélectrique de la planète et la première d’Afrique. Il suscite de lourdes tensions avec l’Égypte quant au partage des eaux du fleuve. Un autre projet de grande envergure, largement controversé, est également en cours sur la rivière Omo : le barrage Gibe III (1,4 millions d’euros).

Ambitions

Ces efforts pour le développement des énergies renouvelables font partie du Plan de croissance et de transformation (Growth and Transformation Plan– GTP) lancé par l’Ethiopie en 2010. Il serait présomptueux d’y lire un engagement environnemental fort du pays pour lutter contre le changement climatique et pour un développement « propre ». Ces investissements tous azimuts répondent avant tout à l’expansion économique rapide du pays depuis les années 2000 et la demande énergétique croissante de sa population, dans un pays au sous-sol pauvre en ressources énergétiques fossiles. Ils s’accompagnent d’efforts soutenus du gouvernement pour connecter l’ensemble de la population au réseau électrique, alors que le taux de couverture serait aujourd’hui autour de 20 %.

Les défis et les impairs à éviter sont nombreux : intégration et respect des populations autochtones, contraintes environnementales, tensions diplomatiques avec l’Égypte pour le partage de l’eau, délaissement des investissements dans les secteurs sociaux (éducation, santé)…

Mais ces initiatives énergétiques dépassent les enjeux de politique interne et de développement. A terme, l’Éthiopie espère produire suffisamment d’énergie pour en revendre à ses voisins, rééquilibrer sa balance commerciale déficitaire et conforter sa position de leader continental de la production énergétique.

Camille Niaufre

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