croissance Afrique FMI« Maintenir le rythme ». Tel est l’intitulé des dernières Perspectives économiques régionales : Afrique subsaharienne, publiées par le Fonds monétaire international (FMI) en octobre 2013. Cette étude, résolument optimisme, annonce que la croissance économique de l’Afrique subsaharienne devrait s’accélérer en 2014, malgré un léger ralentissement en 2013. Lors d’une conférence à l’Agence française de développement le 3 février dernier, Roger Nord, directeur adjoint du Département Afrique du FMI, est venu en présenter son chapitre 2, consacré à six pays à forte croissance mais dépourvus de matières premières.

Les pays à plus forte croissance sont des pays sans ressources naturelles

8 des 12 pays d’Afrique subsaharienne dont le PIB a le plus rapidement augmenté entre 1995 et 2010 sont des pays considérés, sur cette période, comme pauvres en ressources naturelles. Parmi eux, l’étude s’attarde sur le Burkina Faso, l’Éthiopie, le Mozambique, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie. Contrairement à l’idée couramment répandue que la croissance africaine dépend en grande partie des cours et de la demande mondiale en matières premières, cette étude de cas cherche à prouver que d’autres facteurs en sont à l’origine. Selon les recherches du FMI, cette relative bonne santé économique est avant le tout le résultat d’efforts significatifs de gouvernance et de politiques macroéconomiques solides, dont les piliers sont :

  1. Une relative stabilité macroéconomique, l’inflation maîtrisée et la réduction des déficits budgétaires accordant aux gouvernements de nouvelles marges de manœuvre en cas de coup dur, comme face à la crise mondiale de 2008 ;
  2. Une gouvernance en nette amélioration, notamment en termes de transparence et de lutte contre la corruption ;
  3. Un enracinement du secteur financier (croissance des crédits et de l’épargne, développement du secteur bancaire) ;
  4. Une aide internationale soutenue, bien que le débat demeure non tranché quant au rôle effectif de ces financements internationaux pour stimuler la croissance nationale ;
  5. Une augmentation de l’assiette fiscale des États, consolidant les budgets nationaux ;
  6. Une croissance des investissements, qu’ils soient publics, privés ou étrangers ;

Cette croissance, tirée par une accumulation des facteurs de production (et principalement du facteur travail, en lien avec la croissance démographique), présente une double faiblesse. D’abord, elle est encore peu basée sur des gains de productivité, notamment dans le secteur agricole. Ensuite, une profonde transformation structurelle (transfert de population active vers l’industrie et les services) tarde à s’installer.

Le boom du secteur extractif : opportunités et vulnérabilités

Parmi les 6 pays étudiés, 4 au moins vont voir leur secteur extractif s’accroître très rapidement dans les dix ans qui viennent. Il s’agit du Burkina Faso, du Mozambique, de l’Ouganda et de la Tanzanie, principalement dans les secteurs de l’or, du gaz et des hydrocarbures. Pour le Mozambique et la Tanzanie, les premières recettes liées à l’exploitation de ces ressources ne viendront remplir les caisses gouvernementales que dans de longues années. On assiste déjà à une ruée des investisseurs internationaux : ainsi, la ville de Maputo connaît actuellement une intense spéculation immobilière. C’est bien à un choc de croissance majeur que ces pays doivent se préparer, en stricts termes d’augmentation du PIB national.

Or, leurs vulnérabilités sont encore nombreuses, comme l’a précisé Yves Boudot, directeur du département Afrique de l’AFD. Du point de vue économique, les équilibres budgétaires doivent être consolidés, et les besoins d’investissement en infrastructures sont colossaux (au Mozambique, ils représenteraient plusieurs fois le PIB national). Côté gouvernance et cadres juridiques et fiscaux, les institutions sont loin d’être suffisamment solides pour gérer de manière transparente et fluide les formidables flux financiers potentiels. Les cadres nationaux de formation supérieure manquent pour alimenter les futures compagnies extractives en main-d’œuvre locale de qualité. Sans compter que les niveaux de développement demeurent très faibles (au Burkina Faso, près de 45 % de la population vit avec moins de 1,25 $ par jour PPA).

Répondre aux besoins des futurs investisseurs et se préparer à gérer de manière équitable les futures recettes massives de l’exploitation de ces ressources : deux défis majeurs pour ces économies encore fragiles. Pour éviter le piège du « mal hollandais », il est crucial que les pays concernés fassent le choix de la diversification économique et investissent massivement dans les secteurs sociaux, tout en limitant les dégâts environnementaux forcément induits par cette industrie. C’est là toute l’orientation que souhaite prendre l’AFD dans ces régions : appuyer le développement harmonisé des différents secteurs, mener des programmes de renforcement des capacités et soutenir la participation conjointe de l’État et du secteur privé local à cette industrie naissante.

La croissance économique rapide analysée par le FMI pour ces pays d’Afrique toujours catégorisés comme « en développement » est encore récente ; elle doit se poursuivre sur plusieurs décennies pour voir ces pays sortir de la grande pauvreté.

Le programme Afrique subsaharienne de l’Ifri lance cette année un projet de recherche spécialement dédié aux enjeux du pétrole et du gaz en Afrique de l’Est.

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Camille Niaufre

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