Ceci est le premier extrait du compte-rendu d’une conférence organisée le lundi 20 janvier à l’Ifri, Paris, en partenariat avec le ministère des Affaires étrangères, le G8 UK 2013 et la République du Burkina Faso.

KaboreEnjeux du secteur minier au Burkina Faso
Par Lamoussa Salif Kaboré, ministre des Mines et de l’Énergie du Burkina Faso

L’Afrique est en tête des réserves mondiales de nombreux minerais (bauxite, manganèse, cobalt, diamant…), dont l’exploitation est tirée par la demande croissante des pays émergents. Le secteur extractif représente une contribution importante au PIB du continent, alors que 5 pays africains ont en 2011 été classés parmi les 20 premiers pays à forte croissance dans le monde.
Le développement du secteur minier au Burkina Faso est récent (ouverture de la mine de Taparko en 2008) mais spectaculaire. Pour rendre cette croissance durable, l’État burkinabè doit répondre à quatre enjeux majeurs : économiques, de développement, de transparence et gouvernance, et environnementaux. Les trois premiers seront abordés ici.

Enjeux économiques
Le CA du secteur minier contribue de plus en plus aux recettes du pays, passant de 9 milliards FCFA (13,7 millions €) en 2008 à 291 milliards (près de 450 millions €) en 2013. Des milliers d’emplois directs ou indirects, temporaires ou permanents, ont été créés. Pour répartir les bénéfices, l’État doit trouver un équilibre entre les intérêts des investisseurs et la protection des intérêts nationaux et des populations. L’or demeure la ressource phare du pays, surtout si son cours se maintient au-delà de 1200 $ l’once, même si une diversification vers d’autres métaux (zinc…) est à prévoir. Une dizaine de projets sont aujourd’hui à l’état avancé de l’étude de faisabilité. Stratégiquement, le Burkina Faso cherche à créer des pôles de croissance autour des zones minières centrales et sahéliennes.
Au côté de l’industrie minière, l’orpaillage est très développé et largement informel ; plus d’un million de personnes seraient impliquées dans ces exploitations artisanales de taille modeste aux moyens rudimentaires, qui dynamisent le commerce local et sont moins soumises aux aléas des cours internationaux. Leur encadrement et une semi-mécanisation est une priorité, leurs activités provoquant des dégâts considérables pour l’environnement et impliquant le travail des enfants, la prostitution et le grand banditisme.

Développement des populations locales
Le secteur minier provoque le déplacement de populations locales et la conversion de terres agricoles, et peut être néfaste pour les ressources en eau et végétales de la région. Les déblais liés à l’exploitation sont très coûteux à évacuer, alors que la teneur en minerai de ces régions est plus faible que dans d’autres pays africains. Il est essentiel que les jeunes et populations riveraines soient mieux impliquées, notamment dans le cadre de concertations multipartites.

Transparence et bonne gouvernance
Le Burkina Faso a décidé d’adhérer en 2008 à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE) ; le pays a reçu en juillet 2013 son statut de pays « conforme ». L’objectif est de se baser sur les critères ITIE pour stimuler une économie durable, basée sur le dialogue entre acteurs, la réduction des conflits sociaux et la stabilité politique, une meilleure image de marque du pays, un assainissement du milieu des affaires et un pays attractif pour les investisseurs. C’est une bonne chose que le Burkina soit « pays conforme » mais il lui faut désormais le rester sur la durée.

Dans le cadre du Plan d’action du G8, la France accompagne le Burkina Faso pour aller plus loin dans ses efforts de transparence, tous secteurs confondus. Cinq axes sont privilégiés :

  • Le renforcement de la transparence dans toute la chaîne d’exploitation ;
  • Le contrôle des ressources de l’État ;
  • L’intégration de la dimension développement local dans l’exploitation minière ;
  • L’intégration des questions socio-économiques, notamment en termes de formation de la société civile, lutte contre le travail des enfants et formation de cadres nationaux ;
  • La consolidation des cadres juridiques (codes miniers, pénaux et environnementaux).

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