Publication AFDQuel pourrait-être l’apport de la recherche européenne, et spécifiquement française, à une analyse de la crise au Mali, dans une perspective de sortie de crise évitant  les erreurs du passé ? C’est la  question que s’est posée dès les premiers mois de l’opération Serval en 2013 l’Agence française de développement (AFD), principal opérateur de l’aide de la France à l’Afrique.

Un an plus tard, elle vient de publier sur son site le Document de travail n°136 | Séminaire AFD Mali : une contribution de la recherche française et européenne, synthèse d’une rencontre ayant permis un dialogue direct et libre entre chercheurs et acteurs du soutien au Mali, militaires ou civils, diplomates ou praticiens du développement,  en vue de l’examen en commun des grands axes et des différentes composantes politiques, sociales et économiques de la crise, sans omettre dans celle-ci l’impact de l’aide extérieure.

L’idée de ce séminaire fermé tenu en avril 2013 à Paris est en effet née d’un constat unanime : les donneurs d’aide internationaux sont co-responsables des erreurs du passé. Ils n’ont d’autre choix que de trouver des solutions nouvelles pour l’avenir, puisqu’ils n’ont pas su anticiper la crise nationale de 2012  et se sont fait des illusions sur les capacités de la démocratie et de la gouvernance maliennes.

De la réconciliation au foncier, des messages forts des chercheurs

A la veille de la réunion des bailleurs de fonds à Bamako, le 15 mai prochain, ce message est toujours valable. Certes, un appui financier massif a été fourni, alors que peu d’infrastructures avaient été détruites par le conflit.  Des progrès politiques déterminants ont été faits par un  retour accéléré à la légitimité démocratique, alors que les chercheurs réunis en avril 2013 exprimaient leur scepticisme à ce sujet. Mais, pour autant, rien n’est réglé quant à une réconciliation nationale en profondeur. Le problème du « Nord du Nord » et celui de la place de l’Islam dans le champ politique malien restent entiers, comme le constataient déjà des connaisseurs expérimentés du terrain lors du séminaire. Enfin le Mali devra confirmer qu’il passe bien du verbe à l’action dans la lutte contre la corruption et la relance d’une décentralisation inachevée. La place de l’élevage dans l’économie et la société, la réforme foncière sont aussi des enjeux cruciaux évoqués lors de cette réunion. Face  à la tentation du retour à de vieilles et funestes habitudes à Bamako, un nouveau premier ministre jeune et volontaire, Moussa Mara, nommé en avril, semble prêt à  affronter tous ces défis au plus tôt, en adoptant des solutions que la recherche malienne et internationale pourrait et devrait contribuer à  informer.

François Gaulme

François Gaulme, docteur d’Etat ès Lettres et docteur en Ethnologie, est africaniste de formation, spécialisé en anthropologie politique dans la longue durée. A l’issue de plus de deux décennies d’activité éditoriale sur les problèmes contemporaines du continent africain, il a intégré la direction de la stratégie de l’AFD en 2002, puis le MAE de 2007 à 2010, en se concentrant sur la problématique des situations de conflit et de fragilité. Il a rejoint fin 2012 le Département de la Recherche de l’AFD. Il a notamment publié avec l’Ifri deux notes intitulée « Franchir le miroir. ‘Régimes hybrides’ et pouvoir traditionnel dans les États fragiles » (décembre 2012) et « L’architecte et les États fragiles : L’aide au développement dans la sécurité mondiale » (décembre 2011).

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