Pétrole et gaz en Afrique de l'ouest

Benjamin Augé vient de publier une note Ifri en partenariat avec l’OCP Policy Center intitulée: Pétrole et gaz en Afrique de l’Est : quels enjeux et quel périmètre ? (disponible en français ici et en anglais ici). Il revient sur la  localisation des réserves de pétrole et de gaz en Afrique de l’Est, leurs volumes, leurs perspectives de développement et les défis à venir. Voici les points clefs développés dans cette note.

Depuis 2006, l’Afrique de l’Est est devenue une nouvelle région pétrolière et gazière d’envergure alors même que peu de géologues croyaient à son potentiel il y a encore moins de dix ans.

En effet, depuis 1957 et 1958, les premières découvertes de pétrole brut et de gaz en Afrique ont été réalisées au Maghreb et dans les États du Golfe de Guinée. De ce fait, les pétroliers se sont longtemps focalisés sur ces régions. Des explorations se sont déroulées en Afrique de l’Est durant la même période, mais les réserves ont été, à l’époque, jugées insuffisantes pour envisager une exploitation.

Même si le Soudan est déjà un ancien producteur de pétrole, depuis 1999, ce sont les premières découvertes en Ouganda depuis 2006 qui ont aiguisé l’appétit des pétroliers pour l’Afrique de l’Est. Ces découvertes ont également attiré l’attention sur le Kenya et l’Éthiopie voisins. De même, les découvertes de l’offshore au Mozambique ont accru l’intérêt des pétroliers pour l’offshore tanzanien, kenyan, somalien et comorien.

L’Afrique de l’est, au cœur d’un boom énergétique

L’Ouganda a été le premier « détonateur » de l’exploration est-africaine. En effet dès 2004, la junior britannique Tullow Oil, l’australienne Hardman Resources ainsi que la canadienne Heritage Oil obtiennent des permis à l’est du pays. Aujourd’hui, une centaine de puits ont été forés avec une réussite de 84 %, et la réserve globale constatée est à peu près équivalente aux réserves du Tchad ou de la République du Congo. La signature en février 2014 d’un accord de principe entre l’État ougandais et les trois opérateurs (Tullow Oil, CNOOC et Total) pour le développement du projet pétrolier a permis de valider le projet de la construction d’une raffinerie très productive.

Le succès des exploitations ougandaises a entraîné un regain d’intérêt des sociétés pétrolières pour le Kenya et en Éthiopie. L’une des dernières à avoir cru au potentiel du Kenya est la canadienne Africa Oil Corp. Depuis 2012, le tandem Africa Oil et Tullow Oil a fait huit découvertes et a déjà dépassé le volume minimum pour envisager une mise en production. Pourtant, le Kenya en est encore aux prémisses de son exploration.

La Somalie quant à elle a connu un arrêt des explorations pétrolières de Shell, Conoco et Marathonun depuis les années 1990 du fait de son instabilité politique. Néanmoins, les explorations ont repris depuis les années 2000. Les deux territoires autonomes du Puntland et du Somaliland ont connu une intense activité d’exploration par les sociétés Ophir Energy, Genel Energy et Rak Gas. Des forages pourraient commencer durant l’année 2015.

Mais si on trouve plus de pétrole dans des pays comme l’Éthiopie et le Kenya, en Tanzanie et au Mozambique, la quasi-totalité des réserves est constituée de gaz. Sur les blocs des majors de la production Anadarko et ENI, les découvertes sont équivalentes aux réserves actuelles du Nigeria. Le Mozambique pourrait même devenir l’un des premiers producteurs de gaz liquéfié au monde d’ici une dizaine d’années, aux côtés du Qatar et de l’Australie.

Des défis de taille à relever

Les réserves en Tanzanie et au Mozambique ne sont pas comparables, la Mozambique disposant pour le moment des réserves prouvées de gaz plus importantes. Néanmoins, les deux pays font tous deux face à des problématiques similaires. En effet, la Tanzanie et le Mozambique doivent tous deux trouver un équilibre entre l’utilisation locale de ces ressources et la nécessité, du fait d’un marché local et régional trop restreint, d’exporter la majeure partie de ce gaz. Ils sont aussi confrontés à l’obligation de sécuriser de gros clients pour justifier les investissements colossaux. Le climat politique dans les deux pays est également une donnée importante pour sécuriser les investissements. L’incertitude politique au Mozambique est moins prégnante. Le nouveau président du pays est connu depuis le début de l’année 2014 et est susceptible de rester au pouvoir dix ans. En Tanzanie, la situation est plus instable, la succession du président actuel en 2015 demeurant très incertaine.

L’Ouganda, le Kenya ainsi que le Soudan du Sud doivent quant à eux affronter des défis plus complexes, étroitement liés à leur position géographique. En effet, ils ont des réserves pétrolières enclavées, loin des côtes, et doivent donc trouver un moyen pour le commercialiser en dehors de la région. L’Ouganda, par exemple, va devoir trouver un moyen d’exporter son brut par oléoduc. Les gouvernements ougandais et kenyan (en partenariat avec celui du Rwanda) ont donc lancé en août 2014 un appel à manifestation d’intérêt pour recruter un consultant qui mènera les études de faisabilité et d’ingénierie d’un ouvrage qui leur permettrait cette exportation. Cependant, le problème sécuritaire de la région de la corne de l’Afrique, notamment en Somalie, soulève encore d’autres difficultés quant à la construction de ses oléoducs et à l’implantation des compagnies d’exploitation dans cette région.

Malgré tout, l’exploration pétrolière et gazière en Afrique de l’Est est une vague de fond qui parait durable. Les découvertes au Mozambique et en Tanzanie ont conduit à un intérêt décuplé pour l’offshore d’un pays encore largement sous-exploré : les Comores. Madagascar attire également à nouveau les investisseurs pétroliers depuis l’élection au début 2014 de Hery Rajonarimanpianina. La zone la plus prospective est sans conteste située au nord de la Grande île ; cependant, le pétrole lourd sera coûteux et difficile à développer du fait de l’enclavement du gisement.

En somme, l’importance des revenus pétroliers ou gaziers, comparée aux actuels PNB de ces pays, va être telle que de profonds bouleversements économiques et sociaux s’annoncent. Ceux-ci sont impossibles à prévoir aujourd’hui, mais on peut, pour certains cas, être raisonnablement pessimiste sur le risque de fragilisation de certains régimes.

                                                                                                                             Benjamin Augé

Benjamin Augé est chercheur associé au Programme Afrique subsaharienne et au Centre Énergie à l’Ifri. Il est rédacteur en chef de la lettre d’informations Africa Energy Intelligence (groupe Indigo Publications). En savoir plus sur l’auteur

                                                                                                         

 

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