Alors que l’attentat de Grand-Bassam témoigne une nouvelle fois des menaces qui pèsent sur la sécurité ivoirienne, Aline Leboeuf, chercheur à l’Ifri, vient de publier une Étude intitulée « La réforme du secteur de sécurité à l’ivoirienne ». Celle-ci est le fruit d’un travail entrepris sur le sujet il y a plus de deux ans lorsqu’elle rejoignait le groupe de recherche Guerre&Po financé par la ville de Paris afin de travailler sur la RSS ivoirienne et la question de la protection des expatriés à Abidjan pendant et après la guerre. Ce groupe de recherche a permis d’effectuer un séjour à Abidjan en avril-mai 2014 où elle collecta notamment une cinquantaine d’entretiens. Elle a par la suite actualisé ses données en suivant l’évolution de la situation ivoirienne et en effectuant de nouveaux entretiens depuis Paris.

Cette Étude démontre que si la situation sécuritaire en Côte d’Ivoire s’est grandement améliorée depuis 2011, des incursions aux frontières ivoiriennes ont toujours lieu ponctuellement et conservent un potentiel de déstabilisation qui justifie un effort continu de réforme du secteur de sécurité (ce qu’on nomme la RSS, et qui concerne l’armée, la police la justice, la gendarmerie, la sécurité publique, les douanes, les eaux et forêts, etc.). Aline Leboeuf estime que le président Ouattara a fait preuve d’une grande volonté politique en soutenant la mise en œuvre d’un processus de RSS. Celui-ci a avancé en dents de scie, mais la création d’un Conseil National de Sécurité (CNS), doté d’un secrétariat et la publication de « stratégies » donnant des objectifs définis à la réforme ont permis de la poursuivre sur la durée. Le système (imparfait) d’évaluation incite notamment l’ensemble des institutions du secteur concernées par les réformes à renforcer leurs efforts. A ce titre, on peut dire que la RSS à l’ivoirienne est un modèle d’appropriation.

Le vote des lois de programmation « sécurité et défense » peuvent laisser présager une accélération du rythme des réformes, au cours du second mandat d’Alassane Ouattara, pour l’instant sur les segments les moins problématiques. Reste à améliorer les relations entre les différentes forces de sécurité et surtout à réformer l’armée pour réduire le rôle des comzones (ex-commandants de zone), qui existent toujours, même si les plus influents ont été en partie marginalisés. Il s’agit également de rendre l’armée plus représentative de la nation ivoirienne et à renforcer la cohésion de l’armée. Cela étant, le choix d’Alain-Richard Donwahi, l’ancien secrétaire du CNS, comme nouveau ministre délégué à la Défense en Côte d’Ivoire, devrait faciliter la réforme de l’armée dans le sens voulu par le président et le CNS.

Comme ailleurs, la difficulté pour la Côte d’Ivoire consiste à réformer sans politiser les institutions de sécurité. C’est un vrai problème dans un pays où les trois derniers présidents sont arrivés au pouvoir dans un contexte de violence armée. Il est légitime de s’interroger dès à présent sur les moyens de dissuader les candidats à la succession d’Alassane Ouattara d’abandonner cette option. Après la découverte d’enregistrements téléphoniques entre le général putschiste Gilbert Diendéré et certaines figures ivoiriennes, ces dernières sont soupçonnées d’implication dans la tentative ratée de coup d’État au Burkina Faso. Les tensions résultant de cette mise en accusation risquent d’avoir un impact sur la sécurité régionale. Des efforts diplomatiques œuvrent au rapprochement avec le Burkina Faso mais pourraient se révéler insuffisants.

On retient enfin la déclaration d’un membre du GIGN cité au sein de cette Étude : « la Côte d’Ivoire est plus violente que l’Irak ou l’Afghanistan car on ne sait jamais ce qui va se passer ». Tout semble calme, tranquille puis soudain, tout dégénère. Réussir à réformer le secteur de sécurité, c’est aussi rendre le pays plus prévisible. Tout le monde n’y a pas intérêt et l’enjeu est donc de transformer le jeu politique et de recomposer les forces armées, afin que tous soient contraints à une certaine forme de stabilité.

Cliquer ici sur le lien suivant pour consulter l’étude en ligne :

Aline Leboeuf, La réforme du secteur de sécurité à l’ivoirienne, Étude de l’Ifri, mars 2016

Publicités