Les élections de 2006 en RDC, à l’issue desquelles Joseph Kabila a été élu, ont marqué les esprits en tant que premières élections pluralistes libres depuis l’indépendance. Celles de 2011 ont par contraste été entachées d’importantes irrégularités et les résultats ont été contestés. Selon la Constitution, le mandat de Kabila doit prendre fin en novembre 2016. La vie politique congolaise tourne aujourd’hui autour de cette incertitude électorale car il semble acquis qu’il ne cédera pas le pouvoir au terme de son mandat.

Un paysage politique en ébullition

Au cours des deux dernières années, le gouvernement a tenté à plusieurs reprises de prolonger le mandat du président Kabila au-delà de sa limite constitutionnelle. Ces deux tentatives, accompagnées par des émeutes urbaines, ont échouées. La stratégie dès lors privilégiée est celle du « glissement », c’est-à-dire de retarder l’organisation des élections pour des raisons financières et/ou techniques.

En mars 2015 se formait, à la suite d’une lettre adressée au chef de l’Etat, le G7 : 7 leaders de partis politiques, dont certains récemment sortis de la majorité, demandaient à Kabila de communiquer clairement sur les échéances et les découpages électoraux. Les leaders du G7 semblaient alors considérer Moïse Katumbi comme l’homme du rassemblement. En 2015, il s’est en effet imposé comme l’étoile montante de la classe politique congolaise, mettant en avant son image d’entrepreneur à large assise financière. Néanmoins, c’est justement certaines zones d’ombres de sa carrière dans les affaires pourrait lui nuire à long terme.

Beaucoup d’amertume et de frustrations ont émergé au sein du PPRD, le parti au pouvoir, au cours des derniers mois. En outre, le PALU, partenaire de la coalition de Kabila depuis 2006 et possédant une véritable assise populaire, est poussé par sa base à rompre avec le président s’il se maintient au-delà de 2016.

Mi-2015, Kabila a voulu instaurer les prémisses d’un dialogue national mais celui-ci a été rejeté par les principaux partis d’opposition. Pour la majorité, l’opposition tente de provoquer un scénario comparable à celui ayant mené à la chute de Blaise Compaoré, c’est-à-dire un soulèvement populaire qui chasserait Kabila avant la fin de son deuxième mandat.

Cependant, l’opposition est particulièrement divisée. Le principal opposant, Etienne Tshisekedi s’est exclu du débat politique en continuant à se présenter comme le « chef d’Etat légitime » depuis les élections de 2011. Deux tendances émergent : l’opposition républicaine, dirigée par le président du Sénat, Léon wa Dondo, et une opposition plus radicale, représentée notamment par Vital Kamerhe (UNC), Eve Bazaiba ( MLC), Martin Fayulu (Ecide), et l’UDPS.

En décembre de la même année, une nouvelle entité est née : il s’agit du Front Citoyen, composé de différents partis et leaders de l’opposition, ainsi que des mouvements citoyens (Lucha et Filimbi). Il semble cependant peu probable que l’opposition soit capable de surmonter ses divisions. Les réunions du Front, en RDC et en Europe, ne déboucheront sans doute pas sur une structure harmonisée.

2016 : une année électorale sans élection

Les partenaires clés au sein de la communauté internationale sont très réticents à appuyer le processus électoral avec un soutien financier aussi conséquent qu’en 2006. Or, sans participation financière conséquente des partenaires internationaux, les élections n’auront pas lieu. L’absence d’un personnage-clé en charge de la médiation, tel que l’abbé Malulu, pendant la période transition, joue également contre la tenue des élections.

Des mobilisations spontanées et violentes de la population, face à une classe politique congolaise décrédibilisée, sont loin d’être exclues. Deux événements majeurs survenus en 2016 viennent illustrer cela. Des milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues en janvier à l’annonce de la mort de la célèbre chanteuse Marie Misamu. En février, a victoire de la RDC dans le Championnat d’Afrique des Nations à Kigali a donné lieu à une véritable explosion de joie, accompagnée de slogans anti-Kabila et le chant « Yebela » qui met en garde Kabila sur la « fin de son mandat ».

Le régime se prépare à l’éventualité de manifestations populaires massives en installant des caméras de surveillance dans les endroits stratégiques des villes, par ailleurs des chars anti-émeutes et d’autres équipements non létaux ont été achetés. Il semble également que le gouvernement recrute des jeunes pour former des gangs dans l’espoir d’intimider les opposants et pour infiltrer les rassemblements.

Les conditions socio-économiques sont une source d’intense frustration. Le chômage est généralisé, pour les ouvriers comme pour les jeunes diplômés ; beaucoup attribuent l’ampleur de leur dénuement au gouvernement et pensent que la sortie de crise se fera nécessairement par la violence.

L’opposition, quelle qu’elle soit, peine à convaincre, et la société civile, dynamique au début des années 90, a perdu de sa vitalité. La société civile a, depuis lors, surtout constitué un tremplin pour accéder aux fonctions politiques. Il est important de souligner l’implication et la mobilisation des jeunes, notamment à travers les plateformes Lucha et Filimbi, dont certains militants ont été arrêtés entre février et mars 2016.

Les Eglises sont perçues avec un regard très critique car elles sont soupçonnées de promouvoir le statu quo, à l’exception de l’Eglise catholique qui pourrait jouer un rôle dans la mobilisation contre le non-respect de la Constitution.

De nouveaux types de leadership, consacrés par l’expression populaire « l’auto-prise en charge de la population », émergent alors, mais ceux-ci sont avant tout locaux et atomisés. Beaucoup d’initiatives et d’activités prennent place autour de paroisses, de projets sociaux locaux, des milieux sportifs, etc. Une des marges de manœuvre pour ces nouveaux leaderships pourraient être l’appel au boycott des grandes entreprises, telles que Vodacom, et Bralima, afin de faire pression sur le gouvernement.

La possibilité qu’une manifestation tourne à l’explosion de violence est réelle. Les dates du 19 et 20 décembre, qui symbolisent la fin du mandat de Kabila, sont cruciales. Le 27 novembre, jour où les élections étaient prévues, peut également se révéler un jour propice aux violences. Toute déclaration ou intervention du gouvernement, de Kabila ou de la CENI pourraient participer de la même dynamique.

Quels scénarios ?

• Best case scenario : une situation comparable à la fin de la transition

L’opinion publique congolaise avait alors accepté un délai électoral de 2003 à 2005 car il y avait un large consensus politique en sa faveur et que le processus était crédible. Le consensus politique est aujourd’hui possible, mais l’Etat boycottant les élections, tout processus électoral ne peut être crédible. La mise en place d’un tel processus devra suivre trois étapes :

Organisation convaincante et efficace de l’opposition
Négociations avec Kabila pour le convaincre d’accepter l’alternance
Adhésion de la population aux solutions proposées

• La situation actuelle : un scénario qui ressemble à la fin de règne de Mobutu

Le dialogue national instauré par Kabila a jusqu’ici été un échec, tout comme la Conférence Nationale Souveraine a pu l’être. Les différents conflits locaux au Nord/Sud Kivu sont en train d’être réactivés. La situation au Burundi et la réaction rwandaise ont augmenté les risques de violences transfrontalières. La situation est, dans cette perspective, assez comparable à la fin du régime de Mobutu.

• Worst case scenario : implosion sous la pression de la rue

Des violences à grande échelle débuteraient dans l’une des grandes villes du pays (Kinshasa, Lubumbashi, Goma ou Bukavu) et pourraient engendrer l’effondrement des institutions étatiques. On peut envisager une situation comparable à la Somalie d’il y a deux décennies.

Synthèse extraite de la note de Kris Berwouts, réalisée par Sofia Meister.

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