qatar_afriqueIl aura fallu moins de deux décennies au Qatar pour devenir un acteur qui compte sur la scène internationale. Sur le plan économique, le pays enregistre des taux de croissance remarquables, grâce à l’impulsion donnée par l’ancien émir Hamad Ben Khalifa Al Thani, qui lui a permis d’obtenir en 2006 le titre de premier producteur de gaz naturel liquéfié, dont il détient l’une des plus importantes réserves mondiales après l’Iran et la Russie. État pétrolier, membre de l’OPEP depuis le début des années 60, le Qatar a amorcé depuis une dizaine d’années une nouvelle étape dans son développement économique en s’appuyant sur des activités hors hydrocarbures ainsi que sur des investissements à l’international.

Voisin de l’Arabie saoudite et de l’Iran, deux leaders de la région, le Qatar cherche à renforcer sa puissance en innovant constamment dans l’élaboration de sa stratégie d’émergence. Aussi, afin de diffuser son soft power, l’émirat dispose de plusieurs outils diplomatiques (notamment le transport aérien avec le lancement de la compagnie Qatar Airways en 1993, le sport, ou encore les médias avec la chaîne Al Jazeera) qui lui ont permis d’accroitre son influence sur la scène internationale.

Le Qatar a ainsi développé des investissements dans une quarantaine de pays à travers le monde. Dans son optique d’expansion, le continent africain, avec lequel il entretient des relations encore timides, constitue un intérêt naissant. Celles-ci se sont nettement intensifiées à partir de 2010, en témoignent les déplacements en territoire qatari d’une soixantaine de chefs d’État et gouvernements et de plus d’une centaine de délégations africaines depuis cette date. En outre, on recense 21 ambassades d’États africains à Doha. Concernant les échanges commerciaux,  la valeur des exportations du Qatar vers le continent a quasiment été multipliée par dix entre 2000 et 2012. Le volume des importations du Qatar en provenance de l’Afrique a aussi connu une rapide évolution.

Il importe toutefois de mettre en lumière une nette distinction dans les relations que le Qatar entretient avec les pays de culture arabo-musulmane (Maghreb, Mauritanie, Soudan), et le reste de l’Afrique subsaharienne. Cela se manifeste particulièrement dans les stratégies d’investissements et de développement qataries sur le continent.

Cette différenciation est liée à la profondeur des liens unissant le Qatar et les pays arabophones d’Afrique, facilitée par le partage d’une langue et d’une religion commune, ainsi que par la longue histoire de leurs relations diplomatiques, remontant aux années 70. Elle résulte aussi d’un grand nombre de représentations liées à une certaine méconnaissance de l’Afrique subsaharienne, ce qui conduit à une frilosité des diplomates et des investisseurs et qui nuit aux partenariats entre le continent et l’émirat.

En dépit de la place relativement modeste de l’Afrique subsaharienne dans l’appareil diplomatique qatari, il faut cependant noter que quelques pays parviennent à jouir d’un statut privilégié, à savoir l’Éthiopie, qui a récemment renoué ses relations diplomatiques avec l’émirat, le Nigéria, avec qui il partage le statut de membre de l’OPEP et dont le partenariat est hautement stratégique, ainsi que l’Afrique du Sud, qui constitue un allié de choix sur le continent et qui est un investisseur significatif au Qatar par le biais de la compagnie Sasol.

De nombreux projets de partenariat sont en cours entre l’émirat et certains pays d’Afrique subsaharienne. Ils concernent surtout le domaine de l’énergie et traduisent aussi la nécessité pour l’émirat de relever le défi le plus pressant pour son pays, à savoir celui de sa sécurité alimentaire. Par le biais de l’agence Hassad Food, faisant elle-même partie du Fonds souverain du Qatar, le Qatar Investment Authority, le pays a mené une importante campagne visant principalement à investir dans les terres arables africaines afin d’importer des denrées alimentaires. Des millions de dollars ont ainsi été débloqués en vue de l’acquisition de terres agricoles. En 2009, le pays a notamment conclu un accord avec le Soudan en vue de développer des fermes d’élevages dans le nord du pays. Toutefois, un bon nombre d’annonces d’investissements n’en sont encore qu’à l’état de projet ou n’ont jamais été matérialisées.

La relation entre le Qatar et l’Afrique subsaharienne est embryonnaire et reste à définir. De plus, elle pâtit grandement d’idées reçues du côté qatari, et d’un manque de structuration de l’offre de partenariat économique à faire valoir, du côté africain. Néanmoins, il serait profitable à l’émirat de développer sa stratégie d’implantation sur le continent au vu des nombreuses opportunités d’investissements que celui-ci lui offre, et de l’émergence de pays tels que le Mozambique dont les importantes réserves de gaz récemment découvertes pourraient en faire un concurrent à moyen terme.

Synthèse extraite de la note de Benjamin Augé, réalisée par Aminata Diouf.

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