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En à peine plus de 200 pages, Nic Cheeseman traite de l’évolution de la démocratie en Afrique ces 80 dernières années, projet délicat, ambitieux et dense, agrémenté des principaux débats théoriques, de statistiques et de nombreux exemples finement choisis dans différents pays et différents contextes. Malgré la concision de l’ouvrage, l’auteur parvient à rendre compte de la diversité et de la complexité des situations du continent.

Le thème de la démocratie en Afrique est envisagé dans une perspective historique afin de démontrer comme les expériences des années 1960, 1970 et 1980 ont façonné les systèmes politiques actuels. Rappelant certaines expériences pré-coloniales, sans les mythifier, l’auteur conteste la prétendue incompatibilité de l’Afrique avec la démocratie et propose un constat équilibré des succès et échecs de ces dernières décennies. Des expériences de démocratie ou des processus de démocratisation s’observent dans bon nombre de pays, mais il convient de reconnaître certains revers. Par ailleurs, les élections ont parfois encouragé la corruption et exacerbé les tensions. L’auteur invite ainsi à se prémunir d’une lecture téléologique de la démocratie en Afrique.

En parsemant l’argumentation d’exem­ples concrets, il éclaire les cas de chefs d’État qui auraient beaucoup à perdre en quittant le pouvoir, et qui sont donc prêts à faire basculer leur pays dans la violence, ou au contraire les cas de ceux qui ont su se plier aux règles de l’alternance démocratique. Des situations intermédiaires, par exemple la Tanzanie durant la période du parti unique, sont également relevées. Un élément important, que l’on observe à peu près partout et de plus en plus régulièrement, est sans doute l’appropriation par tous les acteurs du jeu politique, du vocabulaire de la démocratie. Ce vocabulaire commun reste une référence importante, y compris pour les régimes les plus autoritaires.

À travers cet ouvrage, Nic Cheeseman se confronte à certaines questions cruciales de l’étude des phénomènes politiques africains, notamment la notion de démocratie importée, pour évaluer le rôle des acteurs internationaux qui tentent de promouvoir la démocratie sur le continent, ou encore la capacité des systèmes politiques à gérer ou exacerber la diversité ethnique. L’un des principaux arguments de cet ouvrage est que l’Afrique a souffert de systèmes politiques qui n’ont pas été conçus pour favoriser un pluralisme politique durable. Il identifie trois principaux obstacles à la démocratie, qui ont existé à des degrés divers depuis les périodes des indépendances : l’importance des structures néo-patrimoniales, la création d’un État centralisé ayant le monopole sur les opportunités économiques, et la difficulté pour les mouvements de libération nationale de se muer en partis de gouvernement. Ces éléments sont essentiels à la compréhension du contexte dans lequel la démocratie est apparue, s’est ancrée et continue d’évoluer sur le continent.

Les conclusions suggèrent que les trajectoires africaines sont susceptibles de prendre des directions diverses plutôt que de tendre vers une expérience commune. Il conviendra, pour les chercheurs africanistes, de confronter ce cadre théorique et historique solide à de nouvelles études de terrain pour identifier les évolutions en cours et à venir de la démocratie en Afrique.

Cette recension est issue de Politique étrangère (3/2016). Victor Magnani propose une analyse de l’ouvrage Democracy in Africa. Successes, Failures, and the Struggle for Political Reform de Nic Cheeseman (Cambridge, Cambridge University Press, 2016, 268 pages).

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