Dès 2015, la crise burundaise a jeté sur les chemins de l’exil presque tous les politiciens et leaders de la société civile. L’opposition en exil a trois composantes : les partis politiques, les groupes armés et les mouvements de la société civile. Leur objectif commun est de mettre fin au régime jugé illégitime du président Pierre Nkurunziza. Mais seuls les mouvements de la société civile ont connu un succès notable depuis le début de la crise.

Opposition politique : une unité imparfaite

L’exil forcé a eu un certain effet unificateur sur l’opposition burundaise mais, dans les coulisses, les partis restent tiraillés par d’anciennes dissensions. En 2015, une coalition de partis d’opposition a été formée : le Conseil national pour le respect de l’accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi et de l’État de droit (CNARED). L’unité apparente du CNARED dissimule cependant de nombreuses fissures :

  • Les organisations de la société civile qui s’étaient associées à sa création quittent la coalition quelques mois après sa formation. Ces organisations ont réalisé l’effet pervers que leur association avec une coalition politique pouvait induire sur leur marge de manœuvre et leurs financements.
  • Une fracture concernant la ligne politique de la coalition : la succession de trois présidents en moins de deux ans indique des divergences internes importantes sur la stratégie et la gouvernance du CNARED.

Malgré la répression du pouvoir, le divisionnisme est et reste le démon structurel de la classe politique burundaise. Formé en vue de négociations avec le pouvoir sous l’égide d’une médiation internationale, le CNARED a pour mérite d’avoir formalisé l’agenda revendicatif de l’opposition :

  • Le respect de l’accord d’Arusha ;
  • La restauration de la politique de la paix et de la concorde nationale par le libre exercice des droits et libertés des citoyens, la promotion de la culture de dialogue et de compromis sur des questions d’intérêt national ;
  • Le rétablissement au Burundi d’un environnement propice aux élections justes, libres, paisibles, équitables, inclusives et démocratiques.

Pour ce faire, le CNARED a notamment pris position pour :

  • La tenue de négociations inclusives avec le gouvernement sous l’égide d’une médiation internationale ;
  • Le déploiement d’une force internationale de maintien de la paix ;
  • Le retour au pays du contingent burundais présent en Somalie.

Mais au début de l’année 2017, alors que la médiation de l’ancien président de Tanzanie (Benjamin Mkapa) est dans l’impasse, le CNARED se retrouve face à la perspective d’une lutte politique sans grand écho international et d’un exil de longue durée. Quelques membres du CNARED décident d’accepter les conditions du pouvoir pour rentrer au pays tandis que les cercles d’opposition hésitent de moins en moins à évoquer le recours à la lutte armée.

Une opposition armée plurielle sans grand crédit

Il existe trois groupes armés d’opposition : une faction des FNL (Forces nationales de libération), les Forces républicaines du Burundi (FOREBU) et le RED-Tabara (Résistance pour un État de droit au Burundi).

Les FNL étaient divisées en trois branches avant la crise : les FNL de Agathon Rwasa, les FNL pro- gouvernement de Jean Bigirimani et les FNL combattants de Nzabampema Aloys. Ce dernier est installé avec son groupe armé depuis des années au Sud-Kivu car il a refusé la paix et la sortie de la clandestinité des FNL en 2006.

Les FOREBU sont apparues en 2015 et sont dirigées par le général Godefroid Nyombare (ex-commandant du CNDD- FDD, premier chef d’État-major hutu en 2009, ex-ambassadeur et chef éphémère des services de renseignement). Elles se sont présentées dès leur création comme un mouvement multi-ethnique composé de militaires s’opposant au troisième mandat de Nkurunziza. Le noyau dur a été formé par ceux qui se sont enfuis au Rwanda avec le général Nyombare après l’échec du putsch de mai 2015. En raison du statut de leurs fondateurs, les FOREBU constituent le groupe armé le plus crédible même si ce mouvement n’est pas exempt de divisions.

Quelques semaines après la création des FOREBU, le RED-Tabara a fait son apparition. Pour tous les Burundais, et malgré des dénégations des concernés, le RED-Tabara est la branche armée du MSD d’Alexis Sinduhije.

Enfin, les FNL de Nzabampema Aloys apparaissent comme un groupe de soldats perdus qui, après des années de banditisme, ont trouvé une nouvelle cause. Les FOREBU et le RED-Tabara partagent le même objectif (chasser Nkurunziza du pouvoir), la même ligne politique (préserver l’accord d’Arusha) et la même rhétorique (en l’absence d’une force de protection de l’UA ou de l’ONU, ils agissent pour défendre le peuple burundais victime d’un despote illuminé).

Les mouvements de la société civile : une forte légitimité internationale

Journalistes et activistes de la société civile ont mené une campagne pour la pluralité de l’information et contre les violations des droits de l’homme par le régime.

Parmi les ONG en exil, celles spécialisées dans la défense des droits de l’homme se sont rapidement organisées pour évaluer mensuellement la situation des droits de l’homme au Burundi et informer les organismes internationaux (ONU, Union africaine, Union européenne, etc.) et certains gouvernements. Ces organisations de la société civile partagent les revendications du CNARED et utilisent toutes les voies juridiques internationales pour s’opposer au régime. En 2016, elles sont parvenues à déclencher une investigation du Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies qui a confirmé les violences du régime. Les conclusions du Haut-commissariat aux droits de l’homme sur la situation burundaise ont conduit à la création d’une commission d’enquête de l’ONU et renforcent la légitimité d’une implication de la Cour pénale internationale. Le gouvernement a répliqué en refusant de collaborer avec cette commission, en interdisant la plus ancienne ONG droit-de-l’hommiste du Burundi (la Ligue Iteka) et en annonçant son intention de quitter la Cour pénale internationale. Ce faisant, il confesse sa responsabilité dans les violations des droits de l’homme et la bataille des droits de l’homme a donc été gagnée par la société civile burundaise.

Les journalistes en exil se sont aussi organisés pour pouvoir continuer leur travail et briser le black-out informationnel que le régime voulait imposer en 2015. Les radios privées Bonesha, Isanganiro, Radio publique africaine et Radio Renaissance, qui étaient les plus écoutées au Burundi, ont été interdites après la tentative de putsch. Les journalistes burundais ont utilisé d’autres voies médiatiques pour éviter que le paysage ne soit uniquement composé des médias gouvernementaux Radio-Télévision nationale du Burundi (RTNB) et pro-gouvernementaux (REMA FM). Innovation de taille au Burundi, le vide laissé par la fermeture de l’espace radiophonique au Burundi a été rapidement comblé par les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Whatsapp qui sont devenus des moyens de communication de masse pour alerter sur les disparitions et les arrestations et diffuser pêle-mêle vraies nouvelles et « fake news ».

Conclusion

Si l’opposition en exil manque des ressources et d’un visage unique qui puissent lui donner une forte visibilité internationale, elle n’en est pas moins active et ressent de manière pressante la nécessité de resserrer les rangs alors que le Burundi continue à s’enfoncer dans une crise multiforme.

Synthèse de la note de Thierry Vircoulon, disponible en intégralité via le lien suivant : http://www.ifri.org/fr/publications/notes-de-lifri/lopposition-burundaise-exil

 

Publicités