Les limites des diverses interventions militaires conduites au Sahel interrogent la résilience et l’avenir des insurrections djihadistes dans la région. Faut-il négocier avec les rebelles comme les Américains avec les Talibans en Afghanistan ? Y a -t-il d’autres moyens d’envisager une sortie de crise ? Les programmes de « dé-radicalisation » permettront-ils de prévenir les violences extrémistes et de favoriser le désengagement des combattants des groupes djihadistes ? L’aide au développement pourrait-elle désamorcer les tensions et légitimer les actions des États de la région en regagnant les cœurs et les esprits de la population ? A plus long terme, la poursuite des hostilités interroge aussi les possibilités de réconciliation dans des sociétés ravagées par des conflits de voisinage.

Ces questions, le Nigeria les pose toutes à sa manière. Pays le plus peuplé d’Afrique avec quelques 200 millions d’habitants, il est en effet engagé dans une lutte sans merci contre la mouvance Boko Haram autour du lac Tchad [voir la carte ci-dessous]. Depuis 2009, il n’a cependant pas réussi à venir à bout de l’insurrection en dépit de la formation en 2015 d’une coalition antiterroriste avec le Niger, le Cameroun et le Tchad, la Force Multinationale Mixte (FMM)[1]. Les impasses de sa stratégie de répression viennent, entre autres, des déficiences de ses forces de sécurité et de nombreux dégâts collatéraux qui ont pu rebuter la population locale, éloigner les civils des pouvoirs publics et, dans certains cas, pousser des jeunes dans les bras des djihadistes. Plus fondamentalement encore, l’incapacité du Nigeria à sortir de la crise et à rétablir la paix se nourrit d’une vision biaisée du conflit qui, a priori, écarte les solutions alternatives. En effet, le grand récit de la lutte contre le terrorisme au Sahel se focalise généralement sur les atrocités commises par les insurgés et non par les forces gouvernementales qui les combattent. Dans le cas du Nigeria, les décideurs politiques, les médias et certains chercheurs insistent ainsi sur les crimes, bien réels, de la nébuleuse Boko Haram dans les régions à la lisière du lac Tchad : décapitations de militaires, exécutions de travailleurs humanitaires, attentats suicides, assassinats de chrétiens, enlèvements de collégiennes, etc. En revanche, ils sont bien moins prolixes sur les nombreuses exactions perpétrées par des forces gouvernementales : tortures dans les prisons, viols de jeunes filles dans des camps de déplacés internes, massacres et bombardements de civils[2] dans des localités du Nigeria comme Baga en avril 2013 ou Rann en janvier 2017[3].

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Marc-Antoine Pérouse de Montclos, « Boko Haram et les limites du tout-répressif au Nigeria : de nouvelles perspectives ?», Notes de l’Ifri, Ifri, juillet 2020.


[1]. En anglais, Multinational Joint Task Force (FMM).

[2]. Voir la partie « Qui tue qui ? »

[3]. Magrin, Géraud & Pérouse de Montclos, Marc-Antoine (ed.) [2018], Crise et développement : la région du lac Tchad à l’épreuve de Boko Haram, Paris, AFD, 291p.